On parle de Kindroid, de Nomi, de Replika, de Character.AI ici, et d'autres vont suivre dans les prochains jours. Mais de temps en temps, ça vaut le coup de prendre un peu de recul et de regarder ce que ça représente au global. Spoiler : c'est beaucoup plus gros que ce qu'on pensait.
Les gros chiffres
Le marché des compagnons IA pesait environ 37 milliards de dollars en 2025. Les projections pour 2030 ? Ça dépend à qui vous demandez. Certains cabinets avancent 70 milliards, d'autres vont jusqu'à... 970 milliards. Oui, l'écart est absurde. Ça montre surtout que personne ne sait vraiment mesurer un marché aussi jeune. Ce qui met tout le monde d'accord par contre, c'est le rythme : environ 30% de croissance par an.
Petite nuance quand même : ces chiffres incluent souvent les assistants vocaux type Siri ou Alexa dans la catégorie "compagnons IA", ce qui gonfle un peu les estimations. Le marché des apps de compagnons au sens strict, celles qu'on couvre ici, c'est plus modeste mais ça explose : on est passé de 16 apps en 2022 à plus de 128 en 2025. 700% de croissance en trois ans.
Les plateformes qu'on suit
Character.AI c'est le mastodonte. Entre 20 et 45 millions d'utilisateurs actifs par mois selon les sources, plus de 200 millions de visites mensuelles sur le site, et des gens qui y passent en moyenne deux heures par jour. Deux heures. Par jour. Plus que sur la plupart des réseaux sociaux. Si vous pensiez que scroller Instagram c'était chronophage, essayez de lancer un roleplay sur Character.AI et de regarder l'heure après.
Replika revendique 35 à 40 millions d'utilisateurs. Le pionnier depuis 2017, celui qui a popularisé le concept avant tout le monde.
Et puis il y a Kindroid. 1,2 million de téléchargements, 64 000 nouveaux chaque mois, la plateforme qu'on considère comme la plus flexible du marché. Et tout ça avec... 5 employés. Cinq personnes. Quand on met ça en face d'un marché à 37 milliards, ça fait rêver et surtout ça montre que dans ce secteur, une petite équipe avec le bon produit peut aller très loin.
Nomi ne communique pas ses chiffres, mais la croissance est visible à l'œil nu sur leur Discord et dans la fréquence de leurs mises à jour.
Qui sont les utilisateurs
Si on regarde les profils, c'est principalement des hommes (80%), et 40% ont entre 18 et 24 ans. Comme on le montrait dans notre article sur les ados et la dépendance, mais le rappel vaut le coup : 72% des ados américains ont déjà essayé un compagnon IA. On est plus du tout dans le truc de niche.
Ce qui surprend, c'est le temps que les gens passent avec leur compagnon. Entre 1,5 et 2,7 heures par jour en moyenne, plus que sur les réseaux sociaux classiques. 48% disent s'en servir pour du soutien émotionnel. Et les recherches Google pour "ai girlfriend" et "ai boyfriend" ont explosé de 700% depuis 2023. Autant dire que les petites amies et petits amis IA, c'est pas près de s'arrêter.
Pourquoi on vous raconte tout ça
Le MIT Technology Review a classé les compagnons IA dans son top 10 des technologies de rupture pour 2026. La Harvard Business Review place le compagnonnage et la thérapie comme premier usage de l'IA générative, devant le code et la rédaction. Et Sam Altman lui-même a publiquement dit qu'utiliser ChatGPT comme compagnon, c'est très bien.
Le vrai signal, c'est pas le montant en milliards. Honnêtement, les cabinets d'études se plantent à chaque fois sur les projections à 10 ans. Le vrai signal, c'est la vitesse à laquelle ça grandit et le temps que les gens y passent. Quand des millions de personnes passent deux heures par jour avec leur compagnon IA, c'est plus un gadget. C'est un usage qui s'installe.
Et quand une équipe de 5 personnes peut capter 1,2 million de téléchargements dans ce contexte, c'est que tout le monde en est encore au début de l'histoire. Nous y compris.