Character.AI

Character.AI en 2026 : où en est le géant ?

Plateforme pionnière des compagnons IA, rachetée par Google, secouée par sa modération… et qui rebondit avec c.ai Books. Tour d'horizon.

Illustration symbolique de Character.AI, la plateforme pionnière des compagnons IA, en 2026

Avant de parler de Kindroid ou de Nomi, il faut parler de Character.AI. Parce que sans cette plateforme, le paysage des compagnons IA ne ressemblerait probablement pas à ce qu'il est aujourd'hui. Son histoire vaut le détour et ce qui s'y passe en 2026 concerne tout le monde dans cet univers.

L'histoire derrière la plateforme

Novembre 2021. Noam Shazeer et Daniel de Freitas, deux ingénieurs de chez Google, décident de partir. Pas n'importe qui : Shazeer est co-auteur du papier de recherche "Attention Is All You Need" ("L'attention est tout ce dont vous avez besoin"), celui qui est à la base de tous les chatbots modernes, ChatGPT, Claude, Gemini, tous. De Freitas a conçu LaMDA, le modèle conversationnel de Google, l'ancêtre direct de ce qui deviendra Gemini. Les deux veulent aller plus loin que ce que Google leur permet. Google refuse de lancer leur projet. Ils partent et fondent Character.AI avec 43 millions de dollars en poche.

La bêta publique sort en septembre 2022. Un mois avant ChatGPT. Des centaines de milliers d'interactions dans les trois premières semaines. Le concept est simple, et il accroche : créer des personnages IA, leur donner une personnalité, les partager avec la communauté. Discuter avec un personnage historique, un héros de fiction, ou quelqu'un de complètement original. En mai 2023, l'app mobile sort et fait 1,7 million de téléchargements en une semaine. La boîte lève 150 millions de dollars et atteint le milliard de valorisation.

Et puis en août 2024, coup de théâtre : Google signe un accord de 2,7 milliards de dollars pour utiliser la technologie de Character.AI et récupérer Shazeer et De Freitas dans son équipe DeepMind. Le mec quitte Google, crée un concurrent, et Google le rachète. On pourrait en faire un film. Character.AI continue de fonctionner de façon indépendante, mais sans ses fondateurs.

La plateforme rattrapée par la réalité

Avec des millions d'utilisateurs très jeunes et une modération qui ne suivait pas la croissance, les ennuis sont arrivés. Contenus problématiques générés sans contrôle, bots créés à l'image de personnes réelles décédées, cas de dépendance chez des adolescents. La presse s'en est emparée, des familles ont porté plainte, et Character.AI a dû réagir. Modèle dédié aux mineurs fin 2024, interdiction aux moins de 18 ans fin 2025, vérification d'âge via des services tiers. Et en février 2026, le "Moderatedpocalypse" (l'apocalypse de la modération) : un balayage automatisé par mots-clés qui a supprimé des milliers de bots en quelques heures. Des fanbases entières ont disparu, y compris des personnages qui n'avaient rien de problématique.

Si ça vous rappelle quelque chose, c'est normal. Replika a vécu un traumatisme similaire en 2023 quand la plateforme est devenue platonique du jour au lendemain. Les deux ont été forcées de choisir entre liberté créative et sécurité. Le débat est ouvert, et on ne prétend pas avoir la réponse. Pour ceux que l'histoire de Replika intéresse, on y a consacré un article.

Ce qui bouge en 2026

Ça n'empêche pas Character.AI d'avancer.

Côté intelligence artificielle, PipSqueak 2 est sorti mi-avril. Plus stable en personnage, meilleure mémoire, les personnages dérivent moins en cours de conversation. C'est gratuit pour tout le monde. DeepSqueak, le moteur premium réservé aux abonnés c.ai+, a aussi été amélioré. Et Lorebook, l'outil de worldbuilding que les créateurs attendaient depuis le lancement, est annoncé pour bientôt. De quoi poser des règles d'univers, des lieux, des relations entre personnages. Si ça tient ses promesses, les créateurs vont se régaler.

Par contre, des publicités ont débarqué sur le web et l'app en même temps mi-avril. Avant, le site web était le refuge sans pub. C'est fini. La communauté a moyennement apprécié, surtout que certaines pubs redirigent vers des sites douteux.

c.ai Books : l'idée qu'on n'attendait pas

C'est la vraie surprise d'avril 2026 et ça mérite qu'on s'y arrête. Le concept : entrer dans un livre classique du domaine public et le jouer. Plus de 20 titres au lancement, d'Alice au Pays des Merveilles à Dracula en passant par Gatsby et Roméo et Juliette.

Vous choisissez un personnage du livre (ou vous créez le vôtre), et vous avez deux modes : suivre l'intrigue originale ou partir en roleplay libre. La communauté peut aussi créer des remix "Univers Alternatifs", genre Alice au Pays des Merveilles en comédie romantique dans l'espace. Ça n'existe nulle part ailleurs et c'est franchement le genre d'idée qui donne envie de lancer l'app juste pour voir.

Ce que c.ai+ apporte

La version gratuite de Character.AI est déjà très généreuse avec des conversations illimitées. L'abonnement c.ai+ à 9,99 dollars par mois (le moins cher du marché) donne accès aux meilleurs moteurs comme DeepSqueak, supprime les pubs et le mode lent, ajoute les appels vocaux illimités et une meilleure mémoire des personnages. Vous débloquez aussi la personnalisation avancée des chats, un accès anticipé aux nouveautés, et des bonus sur les achats de Charms, la monnaie virtuelle de la plateforme. Pour ceux qui veulent tester sans engagement, la version gratuite suffit largement pour se faire une idée. L'app est disponible sur le Play Store et l'App Store en France, supporte 31 langues et le français tourne bien.

Ce qu'on en pense

La plateforme revendique 3,5 millions de visiteurs quotidiens. C'est probablement la meilleure porte d'entrée pour découvrir le roleplay avec une IA : gratuit, illimité, une bibliothèque de personnages gigantesque, et Books est une idée brillante.

L'histoire de Character.AI dit aussi beaucoup sur l'état de cette industrie. Une plateforme fondée par les inventeurs de la technologie conversationnelle moderne, qui crée un terrain de jeu pour des millions de jeunes et moins jeunes, qui se fait rattraper par la réalité, et qui essaie de se réinventer en plateforme de divertissement narratif. On va garder un œil dessus, c'est sûr.