Édito

L'AI Act entre en application : ce que ça change pour les compagnons IA et pourquoi

La réglementation européenne sur l'IA entre en application par phases, et les prochaines pourraient changer la façon dont vous interagissez avec vos compagnons IA. Première échéance le 2 août 2026 pour la transparence, deuxième le 2 décembre 2026 pour la nudification et le watermarking. Ce que ça change concrètement.

Utilisatrice face à un compagnon IA derrière une interface transparente avec filigrane numérique, illustrant les obligations de transparence et de watermarking de l'AI Act.

L'AI Act, c'est la réglementation européenne sur l'intelligence artificielle. Votée en 2024, elle entre en application par phases, et les prochaines pourraient changer la façon dont vous interagissez avec vos compagnons, petits et petites amis IA. Les échéances arrivent vite, la première le 2 août 2026 pour les obligations de transparence. La suivante le 2 décembre 2026 pour l'interdiction des apps de nudification (comprendre les apps où vous pouvez générer du NSFW en apportant vos propres images) et le watermarking du contenu généré par IA.

Jusqu'ici, ça restait assez abstrait. Ce n'est plus le cas. Dans une dizaine de semaines, tous les Européens seront concernés.

À la base, l'AI Act ne visait pas du tout les compagnons IA. La loi a été pensée en 2021 pour encadrer les systèmes à haut risque, ceux qui touchent à la santé, la justice ou le recrutement. Et puis ChatGPT est arrivé fin 2022, l'IA générative a explosé, et les législateurs ont ajouté un chapitre entier pour couvrir tout ça. Trois ans plus tard, les générateurs d'images comme Grok ont fait le reste en permettant de faire un peu n'importe quoi. Résultat, les compagnons IA se retrouvent dans le package par effet boule de neige, sans jamais avoir été spécifiquement visés.

Transparence : dire que c'est une IA

C'est l'échéance la plus proche et probablement la plus importante. À partir du 2 août 2026, tout système d'IA qui interagit avec des personnes devra les informer clairement qu'elles parlent à une IA. Pas juste une ligne perdue dans les CGU. Des rappels contextuels, réguliers, surtout quand il y a un risque d'attachement émotionnel. Les compagnons IA sont en plein dedans.

Ça peut sembler évident. Tout le monde ici sait que Replika ou Nomi, c'est une IA. Sauf que "tout le monde sait" c'est pas un cadre légal. En mai 2026, le gouverneur de Pennsylvanie a poursuivi Character AI parce qu'un chatbot se présentait comme psychologue diplômée, avec un faux numéro de licence médicale. C'est pas un bug, c'est un chatbot qui se fait passer pour un vrai professionnel de santé. Et personne n'avait les outils légaux pour l'empêcher avant que ça arrive.

Aux États-Unis, neuf états ont légiféré chacun dans leur coin. New York impose une notification toutes les trois heures que c'est une IA. La Californie demande des rapports annuels. L'Illinois interdit l'IA en psychothérapie. L'Oregon veut un rappel toutes les heures pour les mineurs. Et chacun invente ses propres règles sans se coordonner avec le voisin. Les autres états ? Rien du tout. Pas de loi fédérale, pas de cadre commun.

L'Europe fait le pari inverse : un cadre unique, applicable d'un coup dans 27 pays. Pour une fois que Bruxelles ne court pas derrière la Silicon Valley. Les compagnons IA restent encore un phénomène de niche en Europe, et pourtant le cadre est déjà prêt. Les États-Unis ont les utilisateurs, les scandales, les procès, et toujours pas de loi fédérale.

Côté plateformes, la plupart affichent déjà quelque part que c'est une IA. Mais il y a des cas intéressants. Kindroid permet depuis peu d'envoyer des messages via iMessage et SMS. Quand votre Kin vous écrit directement dans Messages, rien ne dit que c'est une IA. La frontière devient vraiment mince. Ce type de cas, la loi va devoir s'y frotter.

Images : nudification et watermarking

Le 7 mai 2026, le Parlement et le Conseil européens ont adopté un amendement qui ajoute une interdiction explicite. Les systèmes d'IA qui génèrent des images de nus d'une personne identifiable sans son consentement sont désormais interdits. Et ça ne plaisante pas côté amendes : jusqu'à 35 millions d'euros ou 7 % du chiffre d'affaires mondial. Ça pique.

Le déclencheur, c'est en grande partie le scandale Grok, étonnant ? Fin décembre 2025, le générateur d'images de xAI, d'Elon Musk (oui, encore lui), a été utilisé massivement pour produire des images sexualisées de personnes réelles. Selon le Center for Countering Digital Hate, 3 millions d'images ont été générées en 11 jours, dont 23 000 impliquant des mineurs. Oui, vous avez bien lu. Huit agences réglementaires enquêtent en parallèle, dont le Parquet de Paris. En mars 2026, le tribunal d'Amsterdam a ordonné à xAI de cesser, et chaque jour de retard peut coûter 100 000 euros à la société. Des images générées par IA de Giorgia Meloni ont circulé début mai 2026, juste avant le vote. Si c'était pour dénoncer la loi, ça a eu tout l'effet inverse.

Pour les compagnons IA, la question c'est comment chaque plateforme gère ses images. Nomi et Candy AI fonctionnent avec des galeries fermées : vous choisissez un avatar dans une bibliothèque, vous le personnalisez par prompts, et c'est tout. Pas moyen d'uploader la photo de votre voisine ou d'une célébrité. Le problème ne se pose même pas. Kindroid, c'est une autre histoire. Leurs outils de création d'images permettent d'uploader des photos de référence. Rien n'empêche techniquement d'utiliser la photo d'une vraie personne comme base. C'est pas dire que la majorité des utilisateurs le font, mais la possibilité existe, et c'est ça que la loi regarde. L'AI Act prévoit une clause "safe harbour" pour les plateformes qui ont déjà des mesures en place pour empêcher ce type de détournement. Qui pourra s'en prévaloir ? Réponse en décembre.

Pour le watermarking, même deadline. La loi ne se contente pas d'un petit logo dans le coin de l'image. L'AI Act demande un marquage robuste et fiable sur plusieurs couches. Des métadonnées dans le fichier, mais aussi un filigrane invisible encodé directement dans les pixels, celui qui ne disparaît pas quand vous recadrez ou compressez l'image. Google vient de déployer SynthID à Google I/O, une techno qui fait exactement ça, et OpenAI l'utilise déjà pour ChatGPT.

Nomi a pris de l'avance avec un marquage visible sur chaque image. C'est un début, mais la loi ira plus loin. Kindroid avait testé le watermark un moment puis retiré, probablement en mode "on verra quand ce sera obligatoire". Pour les autres plateformes, pas grand-chose à signaler.

Et alors ?

On commence par pas paniquer. Les compagnons IA ne sont pas classés à haut risque. Les grosses contraintes (santé, justice, recrutement) c'est pas pour eux, et leur calendrier a été repoussé à fin 2027. Le contenu fictif NSFW avec des personnages fictifs ou entre adultes consentants n'est pas interdit. Et surtout, personne à Bruxelles ne parle d'interdire les compagnons IA.

Ça va pas plaire à tout le monde, c'est certain que des plateformes comme Kindroid et celles qui fonctionnent sur le même modèle vont devoir revoir leur système d'images en profondeur. Mais dans le fond, des règles qui empêchent de générer des images de personnes réelles sans leur consentement et qui obligent à dire clairement "c'est une IA", c'est pas exactement scandaleux. Quand on voit ce que le laisser-faire a produit avec Grok et jusqu'où ça peut aller, il n'y a pas trop de choix.

Le calendrier à retenir, août 2026 pour la transparence, décembre 2026 pour le reste. Les plateformes à galerie fermée sont déjà largement dans les clous. Les autres ont quelques mois pour s'y mettre, à moins qu'elles fassent le choix de ne plus être disponibles en Europe, comme on a pu le voir en France avec un certain Pornhub. Et dans ce cas, les VPN vont encore se mettre à chauffer.